
Rhodium, le meilleur cheval de l'écurie ?
En mars 2020, nous avons publié un article sur les métaux précieux, dans lequel nous expliquions que tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or. Au moment de la rédaction de cet article, la pandémie de coronavirus venait de débuter et les marchés boursiers s’effondraient partout dans le monde. C’est généralement à ce moment-là que l’or a l’occasion de « briller » au sens propre, car il est considéré comme une valeur refuge.
À quel point le monde a-t-il changé aujourd’hui, près d’un an plus tard ? La pandémie de coronavirus bat toujours son plein à l’échelle mondiale. Au milieu de l’année dernière, on a annoncé l’existence d’un vaccin prometteur, qui est désormais bel et bien administré à une grande partie de la population. Cela a également marqué le début d’une forte reprise sur les marchés boursiers et, par conséquent, du déclin de l’or. En effet, les investisseurs vendent leurs lingots d’or tant appréciés et se tournent à nouveau vers les actions, dans l’espoir de profiter quelque peu des perspectives de reprise économique. Ce n’est pas un hasard si le journal De Volkskrant, dans un article rédigé avec Simone Huis in ’t Veld d’Euronext Amsterdam, a souligné que de nombreux particuliers ont fait leur entrée sur le marché boursier. Alors qu’ils ne représentaient initialement que 5 % des échanges boursiers, ce chiffre est passé à 8 % l’année dernière.
Dans notre graphique de l'année dernière, l'or s'échangeait à plus de 50 € le gramme. Au moment où nous écrivons ces lignes, son prix s'élève à 46,50 € le gramme. Il a donc baissé de plus de 7 %. La situation est tout autre pour le joyau des pistes de danse, le rhodium. En mars 2020, nous vous indiquions un prix de 162,77 € le gramme. À l’époque, le rhodium valait déjà plus de trois fois l’or. Au moment où nous écrivons ces lignes, son prix s’élève à 693 € le gramme, soit une hausse sans précédent de 676 %. Le platine a lui aussi connu une forte hausse. En mars 2020, son cours s’élevait à 21,92 € le gramme ; il s’établit actuellement à 32,40 € le gramme, soit une hausse de plus de 30 %. Seul le palladium est resté stable autour de 64 € le gramme, ce qui reste un niveau historiquement élevé.

La hausse des prix, notamment celle du rhodium, est-elle le résultat de la spéculation ou y a-t-il autre chose ? La crise du coronavirus semble l'avoir quelque peu fait oublier, mais nous sommes également en pleine crise climatique. Cela signifie que les objectifs climatiques doivent être atteints par toutes les parties prenantes ayant signé l’accord sur le climat. Dans ce cadre, 195 pays, dont les Pays-Bas, se sont engagés à limiter, d’ici 2050, la hausse de la température moyenne mondiale à bien moins de 2 degrés Celsius, et si possible à 1,5 degré Celsius. Pour y parvenir, nous devrons tous réduire nos émissions. On peut par exemple envisager l’achat d’une voiture électrique, plutôt que de véhicules fonctionnant aux combustibles fossiles tels que l’essence et le diesel. Les constructeurs automobiles produisant des véhicules à essence et au diesel ne se laissent pas évincer du marché sans réagir et développent des technologies permettant de brûler ces carburants de manière plus propre grâce à uncatalyseur. Ces catalyseurs contiennent des métaux précieux tels que le platine, le palladium et, bien sûr, le rhodium. Bien que les ventes mondiales de voitures aient baissé en raison de la pandémie de coronavirus et que l’on achète de plus en plus de véhicules électriques, les constructeurs automobiles semblent tout de même miser fortement sur cette technologie. La Chine s’avère une nouvelle fois être un véritable acteur de changement. En octobre 2020, le président Xi Jing Ping a annoncé que la Chine souhaitait atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Les ventes de voitures en Chine continuent de croître et ce marché accueille un grand nombre de véhicules européens, équipés de catalyseurs qui, en vertu de la nouvelle politique chinoise, doivent également assurer une combustion plus propre et contiennent donc davantage de métaux précieux.
Cette situation, combinée au fait que la production en Afrique du Sud, premier producteur mondial de rhodium, a été interrompue pendant une période assez longue en raison de la pandémie de coronavirus, entraîne d’énormes pénuries, ce qui a provoqué une forte hausse des prix. Bien que les mines aient repris leur activité, le retard accumulé ne peut être comblé du jour au lendemain et d'importantes pénuries sont encore attendues pour 2021, ce qui n'exclut pas de nouvelles hausses de prix.
La situation décrite ci-dessus souligne une fois de plus l'importance du recyclage. Les anciens catalyseurs provenant de véhicules mis au rebut peuvent être facilement recyclés et réutilisés pour la fabrication de nouveaux catalyseurs. Krommenhoek Metals, à Rotterdam, dispose d’une usine entièrement dédiée à cette activité, où les catalyseurs sont découpés, broyés et mélangés selon les proportions requises par les raffineurs afin de récupérer le platine, le palladium et le rhodium.
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